.x. Willkommen .x( si je peux encore dire cela en vous écrivant une histoire si triste ... )

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

You are not alone I am here with you, Even when you're scared I'll never leave you
Tu n'es pas seul je suis là avec toi, même quand tu as peur je ne te quitterais jamais
Standing in our storm, making it insane, once again I will try to unchain you
Debout dans notre orage, le rendant fou, encore une fois j'essaireais de te détacher
But you open your eyes to the sky and whisper, that you are so lonely
Mais tu ouvres les yeux vers le ciel et murmure, que tu es tellement seul
You are so lonely, you're so lonely, you're so lonely, so Lonely_
Tu es tellement seul, tu es tellement seul, tu es tellement seul, tellement Seul_

So i'm coloring my face while I am here with you, imagining the landscapes of you're sorrow
Alors je colore ton visage pendant que je suis avec toi, imaginant les paysages de tes peines
Is it yellow or blue ? Coloring the sky and the trees and the clouds and the moon light
Est-ce jaune ou bleu ? Colorant le ciel, les arbres, les nuages et la lumière de la lune
I'd color your heart if you didn't, hide it, cause you are so lonely
Je colore ton coeur si tu ne le fais pas, caches-le, car tu es tellement seul
You are so lonely, you're so lonely, you're so lonely, so Lonely_
Tu es tellement seul, tu es tellement seul, tu es tellement seul, tellement Seul_

And I wish I could just find home
Et je souhaite pouvoir juste trouver la maison.


. . . x
# Posté le lundi 25 février 2008 20:48
Modifié le vendredi 29 février 2008 08:40

.x ___Kapitel Eins___ x

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _



Un accident. Un stupide accident qui plus est. Il aura suffit de quelques secondes d'inattention. Oublier quelque chose que l'on apprend à six ans, voire moins. A l'entendre comme ça, on n'a pas l'impression qu'une chose aussi simple puisse briser une vie. C'est une règle que nos parents nous apprennent : regarder des deux côtés avant de traverser. Une règle toute simple, vraiment.

Une jeune femme, au volant d'une jolie Mercedes Benz, avait rendez-vous avec une amie dans leur salle de sports préférée, où elles passaient du bon temps à bavarder des derniers ragots et regarder les hommes. Elle avait un peu de retard, et tentait d'avoisiner les soixante kilomètres heures pour le rattraper, ayant oublié son portable chez elle et étant de nature excitée. Elle ne savait pas qu'elle allait être bien plus en retard que prévu.

Elle n'avait rien vu venir. Elle tournait à l'angle d'une rue, et puis la forme d'une personne s'était dessinée sur la route. Son premier réflexe avait été de freiner. Sans intérêt. Elle était bien trop près. Une petite voix lui avait chuchoté qu'elle aurait mieux fait d'être en retard que de devoir supporter la vue de cette trace rouge qui coula sur son pare-brise, pendant plusieurs secondes. Une envie de vomir lui était venue, un peu plus tôt, quand un bruit sourd s'était glissé dans ses oreilles, et qu'un corps s'était pressé sur son capot. Tout ça s'était bien trop pour elle. L'idée d'effacer cette stupide tache de sang était si forte qu'elle en crispait les ongles dans le cuir de son volant. Obsession maniaque qui réapparaît dans un pur moment d'angoisse.

Ce jour-là, il faisait beau, l'air était frais. Qui aurait pu prévoir ce qui allait arriver ? Certainement pas Bill. Le jeune garçon se dirigeait vers un petit appartement à quelques rues du conservatoire de musique dans lequel il étudiait. Son chez-soi. Il y aurait trouvé la personne la plus importante à ses yeux. S'il avait regardé avant de traverser, bien sûr. Mais, il était du genre à avoir la tête dans les nuages ... et elle allait y rester.

Dans cette rue calme de la grande ville d'Hambourg, tout s'était vite accéléré pour devenir un véritable film d'horreur. On avait entendu un crissement vain de pneus, puis un bruit de ceux qui n'annoncent jamais rien de bon. Des personnes courageuses s'étaient jetées sur l'accident pour secourir les éventuels blessés. En l'occurrence, il n'y en avait qu'un. Des gens, un peu moins téméraires, avaient composé le numéro des Urgences. Dans l'agitation générale, qui se répandait comme une traînée de poudre, certaines fenêtres s'étaient ouvertes, des curieux étaient sortis sur leurs balcons pour jeter un ½il à ce qui avait déclenché ce bruit strident qu'était le freinage de la voiture.

Certains étaient arrivés du square que Bill venait de traverser, d'autres de rues transversales, jusqu'à ce qu'une foule plus ou moins importante ne soit groupée autour de son corps qui décrivait un angle étrange et plutôt inhabituel. Et pourtant, il avait les yeux ouverts. Des larmes roulaient sur ses joues sans qu'il en ait conscience, laissant de longs sillons noirs de maquillage et rendant la scène encore plus triste. Ses paupières clignaient inlassablement, mais sans rapidité. Seul signe de vie. Et personne autour de lui, n'était capable de savoir s'il souffrait ou non. S'il vivrait ou non. Les sirènes de l'ambulance tant attendue résonnaient enfin au loin.

Pour dire la vérité, Bill ne savait pas non plus. Ni s'il avait mal, ni s'il vivait. Il n'était plus capable de penser à cet instant. Il ne pouvait que fixer l'étendue bleue qui le surplombait. Il ne pouvait mettre de mots sur rien. C'était si difficile. Il avait l'impression de recommencer à zéro. Comme si ses pensées, ses connaissances fuyaient son cerveau en même temps que le sang qui s'écoulait au sol. Et pourtant, il se rappelait. Des images. Des visages. Mais rien d'autre. Il ne pouvait mettre de mots sur rien, comme il ne pouvait poser un prénom sur chaque personne qui défilait dans son esprit. L'une d'entre elles, revenait constamment. Il savait ce qu'elle représentait pour lui, mais il ne se rappelait pas comment nommer ce qu'il éprouvait, ni comment appeler ce garçon.

Sa vue se troublait de plus en plus, ce qui ne changeait rien à l'éclat du ciel. Et puis, cette fois, il l'avait senti : la douleur. La souffrance à l'état pur. Des ambulanciers, exécutant correctement les man½uvres pour déplacer un blessé, venait de le poser presque directement sur le brancard. Un mal de crâne terrible l'avait envahi. Bill ne voulait plus qu'une chose et il ne savait même plus comment elle s'appelait ; mais il se l'imaginait comme un grand squelette couvert d'un manteau noir à capuche, tenant une faucille. Il voulait qu'elle vienne. Il voulait qu'on cesse cette douleur insupportable. Il pleurait de plus en plus, n'arrivait même plus à comprendre ce qui l'entourait. De toute façon tout était bien trop flou.

Des mains gantées se posaient sur son corps, un bruit de moteur occupait le petit espace depuis quelques secondes déjà. Les infirmiers faisaient le constat de l'état du patient. Il était lourd. C'était même impressionnant que Bill ne soit pas déjà évanoui. Ils avaient déchiré son t-shirt pour voir son torse. Rien sur la peau, mais combien de fractures dessous ? Il haletait avec difficulté, et ça ne faisait qu'empirer. La blessure de son crâne était trop importante. Il avait mal à n'en plus pouvoir et ses sanglots n'arrangeaient rien. Un infirmier glissa une aiguille dans la veine de son bras gauche, qu'il avait préalablement garrotté. C'était la meilleure chose à faire. Il aurait peut-être une chance de s'en sortir.

Les yeux de Bill se fermèrent d'eux-mêmes. Il se sentit tomber dans un puit noir sans fond. Il avait peur. Et, il ne trouva pas le mot pour exprimer ce qu'il sentait encore une fois, mais le visage qui le rassurait tant s'évanoui dans les ténèbres en même temps que lui s'y glissait. C'était du manque. Le manque de la personne que l'on aime, tout simplement. Il n'était pas là pour l'embrasser. Il n'était pas là pour lui dire que tout irait bien. Et pourtant, il l'aimait tellement_


____________________________________________________________________________



Souffrance. Douleur. J'ai mal. J'ai juste mal. Depuis plusieurs mois maintenant. Combien ? Je ne les compte que parce que le médecin a donné un délai. Ca en fait déjà cinq. Cinq mois, qu'il est comme mort. Cinq mois, que je suis comme mort. Il me manque. J'ai l'impression qu'il n'est pas là. Pourtant, il respire. Physiquement, tout va plutôt bien. Mais il n'en sort pas. Il est coincé dans cette merde de coma ... je t'en prie Bill, reviens ! Tu me manques tellement. Je veux sentir ta peau chaude caresser mes joues, je veux sentir ton souffle dans mon cou, je veux pouvoir te parler, et t'entendre chanter en te trémoussant sur une chanson stupide. Tout ça me manque tant. Quand vas-tu revenir ?
-« Il le faut ... il faut que tu reviennes, tu m'entends ? Tu n'as pas le droit de me laisser ... Je t'aime ! Je t'aime plus que tout au monde ! On s'était promis ... d-de ne jamais se quitter, et tu- ... »
Un sanglot m'arrache mes derniers mots, sans que je puisse terminer ma phrase. Je resserre sa main dans la mienne. Elle est chaude. Alors ... pourquoi tu ne te réveilles pas ? J'essuie une larme qui avait roulé sur ma joue et continue ma contemplation. Il est si beau. On lui a retiré son bandage depuis deux mois. Son visage est si paisible. Mais aussi si triste. Je glisse mes doigts sur sa joue et rapproche mes lèvres des siennes. Un baiser tout doux. Comme toujours. Sa bouche est sèche. La seule chose qui me rappelle qu'il n'est pas seulement endormi, prêt à me sauter dessus par surprise comme il aimait le faire auparavant. Il mettait toujours un baume sur ses lèvres. Elles n'étaient jamais sèches.
-« Jamais ... »
Je dépose un baiser sur son front. Mes doigts caressent les siens avec tendresse. Je m'enfonce dans le siège, mon siège, profitant de la lumière du jour tombant pour regarder mon ange. J'ai tellement hâte de voir ses yeux s'ouvrir à nouveau. Ces deux jolies petites noisettes.
-« J'ai confiance en toi mon c½ur. Tu reviendras. »
Dans un mois, je te serrerais dans mes bras, et tu pourras le faire aussi. J'en suis sûr. J'ai confiance en toi.

Je t'aime x x x


*
# Posté le mardi 26 février 2008 10:58
Modifié le lundi 10 mars 2008 18:14

.x ___Kapitel Zwei___ x

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _



Tout se passe comme dans un rêve. Tout est calme. Tout est immobile. La seule chose qui aurait pu bouger dans cette pièce ne l'a pas fait depuis six mois quasiment. L'électrocardiogramme n'affiche rien d'anormal. Le c½ur de ce jeune homme n'a pas déraillé une seule fois.
Ce qui inquiète les médecins, c'est son électr½ncéphalogramme. Celui-ci n'a qu'une activité réduite depuis son arrivée à l'hôpital. Ca fait six mois qu'il est là. On doit le débrancher dans une semaine. Il n'y presque plus d'espoir. Sauf pour Tom. L'être qui tient à lui comme si sa vie en dépendait. Et c'est le cas.
Tout se passe comme dans un rêve. Les longues lignes tracées sur l'écran se redessinent doucement, changent pour devenir plus larges et quitter ces petites ondulations qu'elles formaient auparavant. Le cerveau de Bill est entrain de reprendre une activité humaine.
Peut-être ouvrira t-il les yeux finalement ?

____________________________________________________________________________



Un traumatisme crânien est, à priori, invisible. Les lésions rencontrées après celui-ci sont des lésions osseuses (fracture au sommet ou à la base du crâne) accompagnées ou pas de déplacement. Ces fractures ne s'accompagnent pas toujours de complications aux conséquences graves, sauf en cas d'enfoncement et de lésion du cerveau. Dans ces cas-là, le traumatisme peut occasionner des perturbations touchant les principales fonctions mentales supérieures (mémoire, raisonnement, parole), qui pourront occasionner des manifestations comportementales (impatience, dévalorisation, replis...) et une baisse d'efficience cognitive (difficultés d'abstraction, d'apprentissage, d'organisation ou de concentration...). On parle, parfois, d'handicap mental.


______________________________________________________________________________________


Je n'en reviens pas. Ca y est ... ça y est ! Mon Dieu, merciii ! J'avais beau me dire que c'était sûr ... j'ai eu tellement peur. Mais ça y est. Il il ... il est réveillé ! Bill. Mon ange, mon amour, mon frère, mon c½ur, ma moitié, mon reflet. Enfin. Enfin, je vais te prendre dans mes bras comme je l'avais promis. Enfin, tout recommencera comme avant. Je pose mes doigts sur mes joues et m'aperçois que ... je pleure, tout bonnement. C'est normal. Encore une semaine, et tout aurait été terminé. Mais j'avais confiance en toi mon c½ur, et j'ai eu raison.
Je glisse mon portable dans ma poche et me jette sur mes clés de moto, essuyant d'un revers de manche les quelques gouttes qui coulent sur ma peau. Je ne ferme même pas la porte, les voisins nous connaissent. Je dévale les escaliers à toute vitesse ... si Bill me voyait il me tuerait. Mais ... il il va bientôt me voir ! J'suis dans un état proche de l'hystérie, là.
Je traverse le hall de la même façon et enjambe ma moto en allumant le contact. Je vais essayer de pas prendre un PV, ça serait triste. La vitesse est tout de même grisante. J'ai tant besoin de lui. Il m'a tellement manqué. Je ne peux m'empêcher de griller quelques feux. Chance pour moi, personne ne me percute. Enfin, de peu seulement. Un tournant, et l'hôpital apparaît à mes yeux. J'en connais le chemin par c½ur pour y être venu tous les jours au moins une heure. J'y passais souvent beaucoup plus de temps qu'une seule heure.
Je me gare rapidement sur le parking. J'arrache les clefs de l'engin et m'élance dans le hall d'accueil. Sans demander la permission, je me rue sur l'ascenseur. Ce que je peux être excité. Il est à peine sept heures et demi du matin pourtant ... ... merde ! J'devais quand même bosser. Tant pis, je sèche aujourd'hui. Revoir mon amour c'est trente fois plus important.
Les portes métalliques s'ouvrent, je marche à pas rapides jusqu'à la chambre trois cent trente trois du service neurologie. Et c'est là. A quelques mètres seulement de ce mince morceau de bois qui me sépare de Bill, qu'elle me prend.
La peur. J'ai peur. J'ai si peur. Les ... les médecins l'ont dit. Les médecins ont dit que ... que peut-être, il y aurait des ... séquelles. Mais ... de quel genre ? Ils ne savent pas. J'ai peur. Et si ... il m'avait oublié ? Ou pire ... s'il avait oublié notre histoire ? Oh, mon Dieu non, tout mais pas ça !
Je sursaute au contact d'une main sur mon épaule. C'est juste le médecin de Bill. Il m'adresse un petit sourire. L'angoisse resserre encore mon c½ur. Pourquoi ne sourit-il pas normalement ? Pourquoi ne parait-il pas content que Bill soit réveillé ? ... non, je stresse pour rien ... il a peut-être, seulement eu d'autres problèmes. Ce n'est pas son unique patient. Oui, ça doit être ça.
-« Bonjour Tom. »
-« Comment va-t-il ? Je peux le voir ? »

Mon enthousiasme me fait perdre ma politesse, mais il me sourit tout de même. Ma peur s'alimente dans son regard. Ses yeux n'ont pas changé. Il n'y a pas de joie à l'intérieur. Le Docteur Abenberg est un homme âgé d'une cinquantaine d'années, je pense, l'air toujours compréhensif par rapport à tout. Il a même accepté, sans le moindre préjugé, notre relation.
-« Oui, tu peux le voir. Mais pas trop longtemps, il a besoin de beaucoup de repos. »
Ma joie est à son comble. Je m'autorise même une petite blague.
-« Quoi ? Du repos ? Mais ça fait six mois qu'il pionce ... c'est son record, je vous assure ! »
Bon, ce n'est pas drôle je l'accorde. Désolé, j'ai perdu la main. Le docteur ne me regarde plus. Il fixe la porte ... et la peur remonte dans ma gorge. Il ne relève pas les yeux, mais je vois ses lèvres bouger au ralenti. Sa phrase achève de me convaincre que ...
-« Mais d'abord Tom, il ... il faut qu'on parle. »

... rien ne va plus. x x x

*

# Posté le vendredi 29 février 2008 08:47
Modifié le lundi 10 mars 2008 18:14

.x ___Kapitel Drei___ x

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _



J'entre dans la pièce faiblement éclairée par un store à peine ouvert. Pas trop de lumière. Tant mieux. J'ai si mal. J'ai si peur. Et ... et pourtant, je devrais être ... heureux ? Comment pourrais-je ? Il vient de se réveiller. Le docteur m'a dit que c'était à vingt-deux heures trente hier soir, que son activité cérébrale avait repris correctement ... ou, presque. On ne sait donc, pas encore quelle est ... l'ampleur des ... des séquelles.

Pourquoi mon ange ? Pourquoi la vie s'acharne t-elle sur toi ? Je reste bloqué devant la porte que je viens de refermer, en prenant garde de faire le moins de bruit possible. Je laisse mes yeux s'habituer quelques secondes à l'obscurité ambiante.

Il est couché dans ses draps. Rien n'a changé. Si ce n'est sa position. Mon c½ur s'accélère tout à coup. Il est couché sur le flanc. Le gauche. Il est tourné vers la porte. Vers moi. Mais ... ses paupières sont closes. J'expire brusquement, me rendant compte que je retenais ma respiration. Je ... j'ai peur de toi Bill. J'ai ... peur de toi ou peur ... pour toi ? Les deux, je crois.

J'explore doucement son visage de mon regard. C'est vrai. Il a l'air fatigué, même endormi. Quelques mèches de ses cheveux blonds lui tombent sur les yeux. Il les a noirs, normalement. Mais je n'avais pas le droit de lui refaire sa coloration à l'hôpital. Je l'aurais fait sinon. Il a horreur de notre couleur naturelle.

Bon. Je prends mon courage à deux mains et m'avance d'un pas hésitant vers cet être sur lequel j'aurais quasiment sauté si ... si ... mon Dieu, Bill ... si seulement. Si seulement tout avait été différent. Si seulement tu t'étais réveillé plus tôt, si seulement tu n'avais rien eu, si seulement cette pétasse ne t'étais pas rentré dedans. Tellement de si ... pour rien. Car rien n'est différent. Car je suis venu ici tous les jours pendant six mois. Car tu n'as pas ouvert les yeux. Car j'ai du supporter les regards pitoyables des autres. Car tu ... tu n'es sûrement plus celui que tu étais. J'ai si peur mon ange. Si peur que tu ne me reconnaisses même pas. Je t'en prie Bill ... ne m'oublies pas !

J'ai failli sursauter, en voyant deux petits yeux épuisés s'entrouvrirent et fixer mes mains tremblantes. Je ne suis qu'à quelques centimètres du lit. Et oui, je tremble. J'ai peur. Il ne bouge pas. Moi non plus. Je ne sais pas ce que j'attends. Une quelconque réaction me montrant qu'il est encore capable de comprendre. Ses paupières se ferment et se ré ouvrent, sans que ses yeux ne changent d'objectif. Je ne sais pas quoi faire. Ca fait déjà plusieurs minutes que je ne réagis pas.

Et puis, lentement, il relève le regard vers mon visage, sans bouger une seule parcelle de son corps, me fixant sans difficultés du coin de l'½il. Sans que je sache réellement pourquoi, son regard me donne une envie irrésistible de me laisser aller. J'ai envie de pleurer, et je n'arrive pas à empêcher les larmes de passer. Elles roulent sur mes joues et, ne rencontrant pas d'obstacles, glissent jusqu'au matelas. Je n'ose pas les essuyer, de peur d'effrayer Bill en bougeant mes mains.

Il ne me regarde plus. J'entends le froissement du drap sec dans lequel il repose et je le vois grimacer légèrement sous le mouvement qu'il effectue. Je ne préfère pas imaginer ce que je pourrais ressentir, physiquement seulement, sans avoir bougé de ma propre volonté pendant six longs mois. On l'a manipulé tous les jours pour lui éviter des escarres qui sont malgré tout là.Il pose son index à un endroit précis sur le matelas. Mon Dieu, mon c½ur ... est-ce que tu comprendras si je te parle ?

J'ai si peur que tu ne comprennes plus rien ... ça peut être tout ou rien. Tout ou rien. C'est ce que le docteur m'a dit. C'est la pire chose qu'il pouvait t'arriver. La pire chose qu'il puisse arriver à n'importe qui. Finalement, je me décide à bouger. Doucement, je tends un bras en arrière et attrape le siège sur lequel je me suis assis pendant ces six longs mois, et je fais de même aujourd'hui. Bill ne réagit pas brusquement. Il se remet à fixer mon visage.

Toujours aussi doucement, je lève ma main droite et la pose sur le matelas, à quelques centimètres de la sienne. Pas de véritable réaction. Il fixe ma main quelques secondes et à nouveau mon visage. Je ferme les yeux et inspire longuement.

Dernière chose. La parole. J'ai besoin de lui dire quelque chose. Ce que je lui ai répété tout le temps. Il le faut, encore une fois. Mes yeux s'ancrent dans les siens. Je n'arrive plus à lire dans son regard ... je ... je n'y arrive plus. Je ... je l'ai ... perdu ?
-« Je t'aime Bill. »
C'était plus un murmure qu'autre chose. Mais je l'ais fait. Une onde de soulagement m'accapare. Je soupire faiblement. Il faut qu'il comprenne, il faut qu'il soit lui. Je frissonne tout à coup, et regarde mon frère faire glisser le bout de ses doigts sur les miens.
-« J'ai besoin de toi mon ange. Je t'en prie ... montre-moi que ... que tu comprends ... que tu te souviens ... »
Pas de réaction particulière. Tout est si calme. Je ne supporte plus ce silence ... pourquoi tu ne me réponds pas mon c½ur ... ? Pourquoi ? Fais-moi un signe ! La caresse de ses doigts change. Il les glisse sous les miens et serre ma main. Ce simple geste est entrain de me tuer lentement.
-« Bill, parle moi s'il te plait ... »
Son regard ne cesse d'aller de mon ½il droit au gauche.
-« Je t'en supplie ... tu sais parler ... mon c½ur ... répond moi. »
Je suis totalement désespéré. Ca se voit. J'aimerais tellement qu'il se souvienne. J'aimerais tellement que ce ne soit pas si grave. Je vois avec horreur, ses yeux se remplir de larmes. Oh mon amour, ne pleure pas. Je ne voulais pas le faire pleurer. Mais ... est-ce seulement ma faute ?

Sans m'en rendre compte, je soulève mon autre main jusqu'au matelas pour aller la poser sur sa joue et ... il a un mouvement de recul face à celle-ci. Je suspends mon geste. C'est à ce moment que je comprends. Ca ne va pas. Pas du tout. Il ne devrait pas avoir peur d'une main. Il ne devrait même pas avoir peur que je le frappe. Et il ne devrait pas pleurer parce que je lui demande de parler. Ca ne va pas du tout.

Je rapproche quand même ma main de son visage, plus doucement. Il la regarde mais n'a plus peur visiblement. Sa lèvre inférieure tremble ... comme à chaque fois qu'il pleure. Ses faibles sanglots me brise le c½ur. Je caresse ses joues du bout du doigt, suivant les sillons laissés par ses larmes, pour arriver jusqu'à ses yeux dont j'essuie le rebord. Il me regarde faire mais ne stoppe pas ses pleurs.

Les spasmes produits par ses sanglots secouent désormais son corps fatigué. Le voir dans cet état ... ça me fait si ... mal. Mon Dieu ... Je fais glisser mes doigts sur sa joue avec tendresse. Bill renifle doucement, me fixant toujours de ses yeux mouillés. C'est un ange. Je lui souris. Il est tellement beau. C'est mon petit frère, mon c½ur. C'est l'amour de ma vie. On s'était promis ... pour toujours.
-« Tu comprends quand je te parle ? » dis-je avec beaucoup de douceur.
C'est si ... difficile de devoir lui demander ça. Mais ça l'est encore plus de voir qu'il ne répond rien. Pas un geste, pas un signe. Il me fixe toujours, reniflant de temps à autre, ses sanglots s'étant arrêtés.

Et je comprends, enfin. Lentement, avec horreur je prends conscience de ce fait. Mon ... mon frère ne sait plus ... parler. Il ne saisit rien de ce que je lui ai dit depuis le début. Il me fixe seulement, attendant peut-être une réaction de ma part. Pourtant, quelque chose au fond de moi me dit qu'il attend simplement. Sans rien vouloir. Il est là ... et il pourrait y rester des siècles sans bouger. Sans ... réfléchir.

J'ai si mal. Je ne pensais pas que je me sentirais si mal après son réveil ... c'était censé être un moment de joie intense et parfaite ! Pourquoi ?! ... pourquoi tu ... tu me regar-
-« Regardes comme ça ?! »
J'ai explosé, le faisant gémir de frayeur. Un pieu s'enfonce en mon c½ur un peu plus à chaque instant. Je l'aime ... tellement. Sa peau est si douce sous mes doigts. Rien n'a changé ... n'est-ce pas ? Il est toujours là, près de moi. Il est en vie et réveillé ... alors ... pourquoi j'ai si mal ? Pourquoi me fixe t-il sans rien dire, ni faire ?
-« Pourquoi ... ? » murmurais-je doucement, la voix tremblante de sanglots.
Je sursaute presque en sentant une main sur mon épaule. Le docteur est derrière moi. Il resserre un peu sa poigne, réconfortant.
-« Viens. Il est temps de laisser Bill se reposer. »

____________________________________________________________________________


Que peut-on ressentir quand on a perdu ce qui faisait de nous, un être humain ?
Le langage commun à l'espèce à laquelle on appartient ?

____________________________________________________________________________


J'ai réagi comme un abruti. J'ai du lui faire peur. La seule chose que je ne voulais pas. Le vent souffle doucement sa brise dans le parc de l'hôpital. Ironiquement, il fait beau aujourd'hui. Pourtant ... j'ai tant l'impression de perdre ... perdre quelque chose d'extrêmement précieux. Je ne devrais pas ... je n'devrais pas croire que je l'ai perdu. Alors ... pourquoi j'ai cette ... stupide impression ?!
-« Tu te sens mieux ? »
Il est encore là. Il veille sur moi ... non ? J'aime ce médecin. Il y a des gens, qui ne supportent pas qu'on dérange leur intimité. Mais à cet instant, j'en ai besoin.

J'ai appelé Maman et Gordon. Ils devraient arriver bientôt. Je ... je leur ai dit que l'état de Bill était grave. Psychologiquement du moins. Je ... je n'arrive pas à me dire que ... c'est lui ? Mais il n'a pas changé ... je vois inlassablement ses petites prunelles mouillées qui me fixaient avec ... peur. Pourquoi a-t-il peur ? Qu'est-ce ... qu'est-ce qu'il s'est passé dans sa tête à cet instant pour qu'il ait ... peur d'une simple main ?

-« Tom ... ? »
Je me retourne enfin vers le docteur Abenberg, qui me regarde, attendant patiemment une réponse de ma part. Je ne lui en donnerais pas. Je ne sais pas comment je me sens. Je ... je n'peux pas répondre à des questions. Il y en a trop qui me viennent à l'idée. Des dizaines, peut-être une cinquantaine ! Je ... je veux savoir ...
-« Est-ce que c'est ... permanent ? »
Je ne voulais pas paraître si touché mais, j'ai encore sangloté dans ma phrase. Je détourne mes yeux, qui se remplissent de larmes sans mon accord.

Je n'ai pas supporté la vision de mon frère si ... diminué. J'ai l'impression de voir ... un petit enfant de quelques mois, coincé dans le corps d'un jeune garçon. C'est atroce. Oui, atroce, c'est le mot qui convient.
-« Tout ça dépend de Bill. »
Je me tourne vers lui à nouveau, surpris. Il reprend.
-« Tom, ton frère n'est pas le premier cas de traumatisme crânien que nous ayons eu, mais c'est un des plus graves. La plupart de ceux qui en sont affectés peuvent reprendre une vie normale pratiquement sans efforts, à condition de faire des vérifications de temps en temps. Bill a été plus touché que les autres. Dans son cas, comme tu l'as ... compris, je penche pour une amnésie totale liée à la lésion. »
Mon c½ur se stoppe quelques secondes, encore une fois martyrisé. Il ... a tout oublié. Mes larmes redoublent de vigueur. Je ne veux pas. Je ne veux pas !

Une main sert affectueusement mon épaule tressautante, comme toujours.
-« Tout n'est pas perdu Tom. Il retrouvera la mémoire, j'en suis certain. Mais ... il a besoin de toi, tu le sais. Tu y arriveras ... l'amour guérit toutes les blessures, n'est-ce pas ? »

Moi c'est l'amour qui me blesse. Je ne veux plus aimer ... je ne veux plus t'aimer ...

Bill. x x x



.
# Posté le vendredi 29 février 2008 09:03
Modifié le dimanche 23 mars 2008 18:33

.x ___Kapitel Vier___ x

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _



De l'aide. Il a besoin d'aide. C'est ce que le médecin a dit. Je sais, mais ... j'ai peur. Peur de m'apercevoir que je ne suis pas à la hauteur. J'ai reçu des appels de tellement de monde ... des gens dont je ne connaissais même pas l'existence. Tous des amis ou connaissances de Bill. Qu'est-ce que vous voulez que je dise ? Mais qu'est-ce que j'pouvais bien leur dire ?!
-« Tu me manques ... »
Je ne supporte plus le vide que tu as laissé en partant. Je me suis repassé des centaines de fois ce que je faisais quand tu as eu ... ce stupide accident. Et je ne faisais rien. Je végétais sur ... sur le canapé alors que ... que tu souffrais, je n'arrive pas à me le pardonner. Pourtant c'est débile mais je n'y arrive pas. Tu me manques trop !

Je fixe la pendule devant moi. J'attends qu'il soit neuf heures. L'heure des visites. Il est huit heures quarante deux. J'vais y aller tout de suite, j'ai rien à faire ici. Depuis que tu es parti, je n'ai rien à faire partout. Je saisis les clefs de l'appart et de ma mob'. En avant ...

____________________________________________________________________________

-« Monsieur Kaulitz ?! »
Je traversais le hall de l'hôpital quand la femme de l'accueil m'a hélé. Je me stoppe, et la regarde interrogativement.
-« Euh ... oui ? »
Elle sourit. Comme si l'ambiance d'un hôpital était à la fête. Quelle conne. Ce genre de personne égocentrique m'énerve.
-« Je suis contente de vous avoir intercepté, vous auriez attendu pour rien, votre frère fait un test psychologique. Il réintégrera sa chambre dans une quinzaine de minutes seulement. »
Et là ... je me sens con. Je l'ai insulté pour rien. Mentalement peut-être mais c'est ... vraiment pas sympa. J'ai changé avec toi mon c½ur. Tout ça est trop traumatisant. Je crois que j'ai rougi là. Elle me sourit à nouveau, mais pas le même genre de sourire ... celui de circonstance.
-« Vous voulez le voir dès maintenant ? »
Putain, elle fait vraiment tout pour me culpabiliser non ? Ca existe vraiment une femme aussi gentille ? C'est vrai elle a un visage rond aux traits doux et des cheveux blonds dorés. Elle n'est pas spécialement belle, et elle fait partie de ces gens auxquels on ne donne pas de personnalité.
-« Je ... euh, oui je veux bien. »
Elle acquiesce et sort de derrière le comptoir, puis m'invite à la suivre. Chacun de ses gestes est fait pour me faire plaisir et c'en est ... horripilant. Voilà, c'est trop. C'est dégoulinant de gentillesse. Je sais qu'en temps normal, j'aurais apprécié tout ça, mais là ... tout est trop dur. Tout est si Noir ... Paradoxalement, mon frère vit désormais dans un monde entièrement blanc. Ca ne fait que quelques jours que Bill est éveillé.
-« C'est la première fois qu'on lui fait subir ce genre de test ? On ne m'a pas tenu au courant ... »
Ma voix m'a trahi. Je ne voulais pas paraître méchant mais ça m'agace de ne pas être prévenu. Je voudrais savoir ... tout savoir, le moindre espoir qu'il pourrait me rester ... de revoir un jour le Bill que je connais.
-« Oui, ne vous inquiétez pas. Je comptais vous appeler après le diagnostic. » déclare t-elle, me jetant un regard par-dessus son épaule.
Nous traversons des centaines de couloirs, du moins c'est l'impression que j'en ai. L'infirmière blonde se stoppe face à une porte toute simple, semblable aux vingtaines d'autres que nous avons dépassé. La plaque blanche qui orne ce morceau de bois beigeâtre m'indique néanmoins que c'est le bureau du psy. La jeune femme ouvre la porte et me cède le passage. J'entre, un peu intimidé, dans cette pièce aussi blanche que les autres ... voire plus.

Vous savez, il y a quelque chose dans le bureau des spécialistes qui me fait froid dans le dos. Des centaines ou même des milliers de personnes sont passées ici avant Bill. Ont-elles eu plus de chance que lui ? Moins ? ... je ne sais pas, je n'aime pas cet endroit. Le bureau est en verre. Pas une seule trace de doigt dessus. C'est ... c'est tellement maniaque que j'en frissonne. Je sursaute brusquement alors que la main de l'infirmière venait d'attraper mon épaule avec douceur.
-« Désolée. Ils sont là. » déclare t-elle, l'air gêné.
Elle m'indique une grande vitre teintée à notre droite, du bout de l'index. Je m'approche lentement et mon rythme cardiaque s'accélère à cette vue. Mon petit frère est là. Il pleure. C'est la première chose que je vois en admirant son si joli visage. Qu'est-ce qu'il lui fait ?! Il ... il lui fait du mal ?
-« Ne vous inquiétez pas. Le docteur Herrnacht a beaucoup de compétences. Votre frère est entre de bonnes mains. » dit-elle, voulant me rassurer devant mes traits affolés.
En voyant les grosses larmes rouler sur les joues pâles de mon petit frère, et les sanglots qui secouent son corps, je ne suis ab-solument pas convaincu par ses compétences, moi. Sans que je m'en aperçoive, mes mains se sont mises à trembler. Je le veux. Je veux avoir Bill dans mes bras. Je veux le protéger et le consoler ! Ne pleures pas je t'en prie ... ça me fait si mal.

Accroupi dans un coin de la pièce il fixe, avec des yeux remplis de peur, ce qui doit être le docteur et que je ne vois pas, caché par la moitié du mur. Il ne prend même pas la peine de se servir de ses doigts pour essuyer les longues traînées mouillées sur sa peau. Il se recroqueville seulement plus sur lui-même, enfouissant son visage dans ses genoux et frottant légèrement ses joues pour sécher ses pleurs. J'ai cette furieuse envie de le serrer contre moi. Je ne l'ai pas fait depuis son réveil. J'ai trop peur de le rendre distant si je l'effraie.

Tout à coup, le mur s'ouvre à ma gauche et je me rends compte que ce n'était qu'une porte bien camouflée. Allant avec l'ensemble de ce décor trop bien agencé pour être normal. Je faillis hoqueter de stupeur en apercevant enfin le visage de ce fameux psychologue. Qui en fait en était une. C'est une femme. Et jeune qui plus est. Elle a l'air préoccupée ... ce qui n'annonce rien de bon. Elle me fixe quelques instants, et avant même que je ne lui dise bonjour, elle murmure un « venez », puis disparaît aussitôt dans la pièce. Je ne m'attendais pas du tout à ça ! Je me tourne vers l'infirmière, cherchant l'aide de quelqu'un qui connaîtrait la réponse à mes questions, mais elle aussi a disparu.

Que dois-je faire ? Cette femme ne me dit rien qui vaille. Mais Bill est là. Et j'ai envie de le voir. Je soupire un grand coup et me dirige avec hésitation vers la porte. Je me rapproche de la jeune femme qui écrit quelques phrases sur une feuille d'un blanc impeccable, sur une petite table d'un blanc tout aussi douteux. Elle me jette un ½il et, alors que j'allais demander des précisions sur le pourquoi de ma venue dans ce lieu, pose un doigt en travers de ses lèvres.

Je détourne le regard dans la direction de mon petit ange, qui n'a pas bougé et dont je peux à présent entendre les sanglots étouffés. Mon c½ur se serre. Une main tapote un peu mon bras et je re-concentre mon attention sur la psy qui me tend un bout de papier. Je la regarde interrogatif et saisit l'objet.

« Allez vous asseoir face à lui et parlez lui doucement. »

Mon c½ur s'emballe. Je ... je vais pouvoir lui parler. Mais ... qu'est-ce qu'il comprendra ? J'acquiesce à sa demande et me dirige très lentement vers la chevelure blonde de mon petit frère. Je me stoppe à quelques centimètres de ses pieds nus. Heureusement qu'il ne fait pas froid. J'aurais fait un scandale. Doucement, je me pose au sol moelleux de cette salle capitonnée. C'est ... effrayant de se retrouver dans ce genre d'endroit. Surtout quand vous savez que des fous dangereux sont sûrement passés avant ...
-« Bill ... » murmurais-je, à son attention.
Deux jolis yeux noisette apparurent dans les plis de son pyjama blanc et sec. Un sourire s'épanoui sur mes lèvres. Il est si beau. Ca peut paraître prétentieux de la part de son frère jumeau. Mais personne ne sait ce que j'éprouve. Ca n'a rien à voir avec moi. Je sais bien que je lui ressemble énormément. Mais Bill est unique, tout comme moi. Et Bill est bien plus beau que moi. C'est un véritable ange. C'est pour ça qu'on a voulu le récupérer au Paradis. Mais c'est avec moi qu'il a préféré rester ... n'est-ce pas ?

Je m'aperçois avec surprise que ses sanglots se sont stoppés et qu'il me fixe sans ciller. Je ne sais pas où est la psy. Peut-être à quelques millimètres de moi. Je m'en fiche. Je ne vois que lui. Tout s'est effacé autour de moi. Il est là, et ça me suffit. Je pourrais vivre en respirant le même air que lui, sans rien faire d'autre, pendant des siècles. Je ne sais pas ce qu'il pense. Je ne sais pas ce dont il se souvient. Mais à cet instant, j'ai la vague impression de retrouver quelques fragments de notre lien. Seulement une infime partie ... mais c'est déjà tant. Je garde mon sourire. J'aimerais tellement l'embrasser. J'ai besoin de lui. J'ai besoin d'un autre contact que celui des yeux. Je veux le toucher. Je veux l'aimer. Comme avant.

Je tente une approche. J'aurais mieux fait de m'abstenir. Ma main se glisse plus près de son visage, et ... il se recule, les yeux exorbités de terreur. Je me retire et nous sépare d'un mètre alors que ces sanglots reprennent de plus belle. Rien ne s'est amélioré. C'est même bien pire. Je sens une fine main se poser sur mon épaule si sollicitée ces temps-ci. La jeune femme me fait signe de partir avec elle. Loin de Lui. Comme il le désire, certainement. Rien ne s'est arrangé. Je l'ai ...

perdu. x x x



.
# Posté le mercredi 26 mars 2008 06:03
Modifié le lundi 31 mars 2008 01:32